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Vestiges - 2002 à 2005

Chorégraphie pour une scène de famille

Il s'agit d'une scène en intérieur. La maison est encore en cours de construction. Le décor reste minimal : mur en pierres de taille, sol béton ou carrelage, appentis, grange... connotent la province ou une zone pavillonnaire. L'extérieur, source principale de lumière, demeure dans le vague d'un aveuglement.
C'est une sorte de huis-clos au centre duquel une famille, celle de l'artiste, met en jeu ses relations intimes. Cela n'a pas affaire avec l'esthétique de l'ordinaire ou du banal, ces tartes à la crème du rien à montrer, mais chic. Bien que la plupart des protagonistes soient en petite tenue ou carrément
nus cela n'a rien à voir non plus avec la comédie légère.
Il s'agirait plutôt d'un psychodrame de l'intime. En dehors du triangle de la famille nucléaire, père, mère-fille, ou fils, d'autres proches participent à la dramaturgie. Différentes générations sont convoquées pour évoquer une transmission non verbale mais issue d'un potlach corporel. Si une certaine compassion au sens étymologique semble rapprocher ces figurants de leur roman familial, les contacts sont moins source de tendresse que résultante
des secrets de famille. Rien d'obscène cependant ne transpire, tout se joue sur ce plateau-là, comme éclairé par le temps de l'image, dans la proximité complice des corps, qui n'ignorent pas la scène dite primitive en coulisse. Telle un livret pour un oratorio à l'argument toujours rabâché.
Comme dans la "non-danse" contemporaine l'action s'exprime dans la distance entre-corps, dans les gestes minimaux qui réduisent cet éloignement
des solitudes, dans le dénuement de ces corps abandonnés à leurs affects.
L'artiste vient en ordonnatrice de ces liens de famille, elle organise écarts et postures des membres de sa troupe qui jouent docilement leur propre rôle.
Le spectateur se trouve pris à témoin jusque dans son enfance, projeté dans sa propre généalogie.

Christian Gattinoni


croquis préparatoire - Auray - 2004